Lundi 5 octobre 2009 1 05 /10 /Oct /2009 13:02

jalousie

jalouse

rouge

rosie de jalouse



jalouse jalouse j alouse j alouse JAH LOOSE jalouse...

Nana-Rose Monde est jalouse. Violemment jalouse. Brutale et froide, Nana-Rose Monde ne se contrôle tout simplement plus lorsqu'elle est jalouse.

Elle flaire la femelle sur les murs, la piste sur les courbes de son homme, la débusque au détour d'une oreille et mord passionnément, de toute sa haine...

 

jalouse

Une nana que rose la jalousie

Nana-Rose Monde a peur d'être seule. Le temps passant, elle a bien fini par comprendre qu'elle ne serait jamais que profondément seule, que nem os outros, but still...elle a peur.

jalouse

j alouse

jalouse

une mante religieuse qui dévore le coeur des hommes qu'elle aime, tous les hommes qu'elle aime parce qu'ils l'aiment
elle fond sur leurs petites failles et l'affection qu'ils ont pour elle
et elle les décime

tout commence par de légers spasmes, des petits à-coups entre sanglots et colère, d'inopinés sursauts d'effroi
quelques sueurs froides pendant l'amour
puis leurs oesophages se ramollissent et lentement les sujets deviennent pourpres
entièrement et mollement pourpres,
seul leurs pénis demeurent inexplicablement blancs
et grossissent.

Tous leurs membres se rétractent,
ils ne sont bientôt plus que de grasses aubergines tirant sur la guimauve, aériens sur leurs tiges de violet
Leurs phallus immaculés s’étirent de plus en plus à l’ovale

Superbement perpendiculaires au mauve vertical

Ils n’ont plus l’usage de la parole

Ils ne peuvent que contempler impuissants leur dégénérescence  en kitsch végétal

 

Nana face à eux se pâme

Psalmodie

 

Le produit final est tributaire de l’humeur de la demoiselle

Et c’est selon que l’un devient petit roquet tandis qu’un autre est savamment dégusté sur lit de poireaux sauce béchamel.

Le vinaigre balsamique reste optionnel, réservé à ceux que l’été fait servir en salade.

A contrario l’hiver regorge de créatures de placard, à poils ou à plumes, celles qui tapissent les coins sombres des murs et font se resserrer l’air de la pièce, pour qu’il fasse finalement un peu moins froid…



Par Marina Melody
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Lundi 5 octobre 2009 1 05 /10 /Oct /2009 12:42

Euthanasie sa grand mère

 

Part en jurant

De n’avoir jamais d enfants

 

 

Elle le sent ce sourire de pute

 

Qui frise au coin de sa bouche

 

Qui ne demande qu à être assumé

Qu à sortir

 

Elle le sent ce sourire de pute

 

Ce sourire de pute

Qui s étire

Comme un œil bleu

 

Ce sourir de pute qui s’étire

A l infini

Et toujours

Sourit

 

Ces grands airs pincés

Ils sont aussi en elle

 

Ces attitudes fières et malsaines

Elles sont aussi en elle

 

Elle est génétiquement programmée

Pour devenir

 

Une pute qui sourit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La porte s’ouvre lourdement. Mécanique et noire. Vladimir est las. D’un renflement de poitrine il nous invite à le suivre et découvre un long corridor.

 

Légendaire. « LE CORRIDOR D’OR DORT D’HORES et déjà ».

 

Un couloir dithyrambique pavé de lingots, un tunnel doré et douloureux où gisent, nombreux, les vains témoignages d’une gloire passée.

Celle d’une artiste, d’un ego, d’une expression forte de l’être-au-monde, d’un ultime degré de la volonté de puissance.

 

Des portraits, des revues de presse, des articles d’encyclopédie…une paperasse d’or qui tente de figer dans l’éternité ce qui déjà n’est plus.

 

Au fond du corridor, il fait de plus en plus sombre. L’or qui recouvre les murs semble tout occupé à regagner l’entrée du tunnel, tant l’air ici, est inexistant.

 

 

Les murs eux-mêmes s’écartent de plus en plus, se dérobent sous les doigts de Nana-Rose qui rampe, liquéfiée, jusqu’aux appartements de sa grand-mère agonisante.

 

Au haut d’un escalier un sol suspendu à lui-même.

 

Silence. Absence totale de bruit, de source sonore.

Une pleine obscurité.

 

Nana-Rose n’entend plus que le sang qui cogne contre sa rétine. Elle n’ose même plus respirer.

 

Vladimir, a l’habitude.

Vladimir gravit la dernière marche de l’escalier et s’avance sur le damier qui lévite.

 

Nana-Rose l’entend marcher, s’éloigner, de plus en plus.

 

Puis le clic d’un interrupteur ; une lampe façon seventies qui s’allume sur un bar. Louis armstrong se met immédiatement à houingrer en fond.

Vladimir fait signe à la nana de le rejoindre.

 

Sur le bar, un bras sec étend une main morte.

Des doigts qui s’effritent sur une bouteille de vieux scotch.

 

 

 

La reine mère est la.

 

Un chien rouge est à ses pieds, vocifère bave et grogne en direction de la Nana. Il a déjà le plastron de Vladimir dans la gueule.

 

La reine mère ne parle plus depuis quelques mois. Elle regarde. Elle roule des yeux malins dans tous les recoins (nb : qui deviennent de plus en plus difficiles à trouver vu que les murs eux-mêmes rechignent désormais à tenir le crachoir à la vieille acariâtre).

 

Maintenant, elle destine son gros œil bleu à sa petite fille, sa douce et gentille petite fille venue soulager sa conscience en cette veille de kaddisch.

 

La petite fille s’avance en se cachant derrière ses anglaises.

Elle bredouille « Qu’une fois encore le grand Schmoupssy soit loué : j’ai l’honneur et le privilège de pouvoir saluer la reine mère… »

 

La vieille est flattée mais se moque de ces jérémiades ineptes et obséquieuses. La vieille a soif. Elle en veut plus.

 

D’un doigt accusateur elle désigne Vladimir, qui vient de récupérer son plastron. Et tourne son air furieux vers son fidèle valet. Elle comprime son visage en une terrible grimace et fixe violemment le domestique.

 

Vladimir, a l’habitude.

Vladimir ne bouge pas et feint l’indifférence auprès du chien rouge qui grogne de plus en plus férocement.

 

L’expectative de Nana-Rose, dont la nervosité va crescendo, la fait fredonner. L’arlésienne.

 

L’arlésienne.

 

La vieille tient toujours Vladimir en joue. Un battement de cils suffira à déclencher l’assaut canin. Le final.

 

Mais la vieille est de bonne humeur. Elle tombe le regard ; le chien se recouche ; Vladimir respire.

 

Oh et puis non c’est trop tentant.

 

Le Rotweiler se rue sur le nègre blanc. Le déchire, le saigne.

 

La vieille sourit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lorsque tout est fini, Nana-Rose, révulsée, désespérément choquée, considère sa grand-mère, grosse comme un sucre. Nana-Rose ne comprend pas d’où lui vient cette cruauté, cet égotisme impitoyable qui lui fait tout détruire sur son passage.

 

Alors elle se met à hurler, à interpeller la reine mère en la tutoyant, en lui intimant savoir vivre et commisération, en la renvoyant à son devoir d’exemplarité, invoquant son intelligence et son bon sens le plus élémentaire…

 

La reine-mère se saisit alors d’une mine épouvantable. Elle bouge sèchement la tête vers sa petite fille. Lentement, très lentement, elle détale un large sourire bleu.

 

Nana-Rose a juste le temps de fuir alors que le chien rouge s’élance déjà.

 

Elle regagne « LE CORRIDOR D’OR DORT D’HORES et déjà » à toute vitesse, le chien sur ses pieds, quand soudain elle entend un hurlement, un cri profond poussé des entrailles, et puis une voix de femme qui se brise et sanglote.

 

Le chien rouge est déjà en train de courir pour retrouver sa maîtresse ivre de whisky et de douleur et qui se répand sur le damier suspendu.

 

Nana-Rose s’est arrêtée, et revient sur ses pas.

 

Au haut de l’escalier une grande pièce vide et froide, le tic-tac d’une horloge qui n’est pas à l’heure. La petite vieille se cramponne à son chien en pleurant comme une petite fille.

 

L’autre petite fille se rapproche, et s’agenouille auprès de la reine. Quand celle-ci s’aperçoit de la présence de l’autre, elle s’étrangle, interdite, prise sur le vif. Du regard elle tente de protester, de retrouver de sa superbe…mais son visage à nouveau se brise.

 

Deux losanges bleu sec demandent à Nana-Rose Monde pourquoi.

 

Nana-Rose Monde ne sait pas.

 

Deux losanges bleu sec implorent Nana-Rose Monde de les aider.

 

Nana-Rose Monde a une idée.

 

 

« LE CORRIDOR D’OR DORT D’HORES et déjà »

 

Nana-Rose Monde contemple ces photos de famille, ces simulacres de joie, ces instantanés mis en scène.

 

Tous ces tableaux de famille, sa grand-mère, sa mère…il y a même un portrait de la grande Antonina Peschka, défunte mère de la reine-mère.

 

Antonina Peschka était une femme superbe, brune de caractère venue du froid. Elle était aussi une ogresse vorace toute dévouée à sa propre cause. D’un égocentrisme sans pareil.

C’est ainsi que quand ses charmes ont finalement cédé aux assauts du temps, Antonina Peschka, n’ayant plus les moyens de son insupportabilité, s’est progressivement retrouvée seule, complètement seule. 

 

Elle a été retrouvée sur le sol de sa salle à manger. Elle aurait été à moitié dévorée par le chien qui lui tenait lieu de seule compagnie depuis 15 ans déjà.

Un chien.

 

Vraisemblablement bleu.

 

Pourquoi ?

Par Marina Melody
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Lundi 5 octobre 2009 1 05 /10 /Oct /2009 12:40

13 mars 2008

 

                                   « Bordel de chiotte j’ai une infection urinaire »

 

 

Oh mon a, mon bel a…

Où erres-tu, dans quel état te terres tu, pourquoi ?!

 

Il fait soir et bon. Big party sur le toit du monde, une Björk baba-cool nous roule dans ses mains, comme des grains de sable.

 

Nana-Rose a déjà su amortir le buffet, tout de rosé…et au détour d’un petit four le bel a, jamais dépourvu, nous abreuve d’un peu de liqueur..

 

Il fait soir et bon. Big party sur le toit du monde. Règne sur la ville. Une Björk baba-cool nous roule dans ses mains, comme des grains de sable.

 

Je continue de dédaler, bien accompagnée, légèrement remontée, et rosée. De la musique, de la verdure, de longs couloirs et des allées blanches, noires de monde. Surtout près du bar. Ou encore du coin où crache une sono pourtant sympathique. Ou encore là-bas où s’égrènent des DJs reconnus, tout du moins ici.

Nana-Rose croise quelqu’un, et puis quelqu’un d’autre. Nana-Rose trinque, essaye de communiquer et de sortir de ce manteau de loose qui la serre depuis quelques jours. Nana-Rose tire sur le bédo, congratule les flatteurs et amuse la sécurité.

Je continue de dédaler.

Je plonge dans un puits de sueur pendant 20 minutes, dans le coin des DJs reconnus. J’ai aperçu plusieurs fois mon bel a, de loin…

 

Tu parles d’un bel a. Cette espèce de grand truc fou qui me fait tellement peur. Et qui me divertit tellement. Trop.

 

Près d’un grand saule Nana-Rose revoit un fantôme, plus gentil mort que vivant ; ils s’échangent diverses amabilités, puis en viennent d’autres, de gens.

 

D… est grand et moi je suis partout.

Nana-Rose se farine.

 

Il fait soir et bon. « Sympathy for the devil » a retenti il y a plus d’une heure déjà, il est tard.

La Big party dans les catacombes de l’univers prend fin, la sécurité éparpille les danseurs/fumeurs/buveurs/tchatcheurs/dragueurs/vendeurs/consommateurs.

 

Alors les gens s’en vont. Et je reste seule dans ce grand palais froid et labyrinthique, où ne sont plus demeurés que les habitants.

 

Je cherche le bel a, 50% tout roses des raisons de ma présence ici, maintenant, et comme ça…

Qui m’a promis un lit pour dormir, au moins, dans lequel je ne sais même plus s’il a envie de me rejoindre.

 

Nana-Rose cherche. Elle poupoule dans toutes les directions, hoquetée, de plus en plus déconfite. Elle trouve finalement le chevalier blanc, frère d’armes du grand fou, qui lui avait élégamment juré de s’occuper gratuitement d’elle. De s’occuper d’elle. Tu n’as pas vu le grand fou ? Non je le cherche aussi voyez-vous…

Mais dis donc, toi non plus tu n’arrives plus à articuler…grmblbffffffff ??? broum pruût zlouklibernasse.

Ok alors on y va.

 

Nana-Rose et le chevalier blanc abandonnent la grande pièce qui se vide, quittent le palais, et gagnent les jardins ; marbre et chlorophylle.

 

A 02h47 sur le cadran lunaire le grand fou s’est assis, en grande conversation avec une brune dont Nana-Rose ne saurait pas même dire si elle est jolie, tant elle est en mode nique sa mère.

 

Elle roucoule, elle susurre, elle se frotte…Mais le grand fou est ferme. « Non je ne te ferai pas l’amour ».

 

Nana-Rose aspire un râle. Et s’éloigne, élégamment suivie par le chevalier blanc dont le petit bout le titille déjà. Puis le grand fou disparaît dans la nuit, avec sa brune.

« Il est parti la baiser. C’est sûr. C’est un grand fou. »

Nana-Rose essaye de feindre l’indifférence. « Tu crois vraiment ? »

 « Mais n’aies point d’inquiétude gente et bonne demoiselle!!! Je t’offre bien volontiers mes services et je vais combler ce vide qui te dévore, cette bouche implorante, d’un petit coup de va-et-vient à l’arrière de ma caisse sur fond de « je t’aime pour toujours ». Capote offerte ».

 

Le vagin sur pattes se cramoisit de l’offense, pas de l’allusion directe à son cloaque grouillant, mais bien de l’officialisation de ce fait, désormais avéré : il en a rien à battre ton bel a de ta gueule, tellement que son pote se croit autorisé à piocher dans le bol.

 

Mon bel a

 

Après avoir fait fleurir l’air dans sa bouche pendant près de vingt minutes, Nana-Rose prend péniblement la décision de partir comme une princesse, fièrement, crânement, sur ses souliers crottés, à l’assaut de sa colline. Sur les marches du palais elle télégraphie au bel a son intention de quitter ce haut lieu de goujaterie quand elle l’entend soudain hurler : « Mon boudoir !! Les salauds d’enculés de leurs mères, mon fucking boudoir !!! Pourquoi ?!!!! »

Nana-Rose se précipite à l’intérieur du palais et accourt dans l’allée, où le grand fou se désespère. Boudoir saccagé. Boudoir violé.

Le grand fou est furieux. Fulmine. Il enrage après l’intervention moqueuse de la police. Nana-Rose, assise sur un banc maculé de lune, ne sait pas quoi faire, si ce n’est attendre, partager la fin du champagne de ce charmant archiduc, tenter de canaliser les velléités grossières du chevalier bilé.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus comment, nous nous sommes retrouvés à marcher, le grand fou, le chevalier et moi, et puis d’autres, dans la grande allée qui borde les ailes résidentielles du palais. Et puis ce type est passé, flanqué d’une blondinette dont le cloaque la titillait bien. T-shirt « eighties forever », il chantait tout à l’heure. « C’est lui, je suis sûr que c’est lui ». Le grand fou s’élance. Il le saisit, s’en empare. Il vitupère. Il vocifère. Il est sûr de tenir son coupable. Nana-Rose tente benoîtement de s’interposer, elle ne veut pas que le bel a se batte, même si il est fou, même si d’elle il s’en fout. La blondinette défend son bout de viande et réclame que je contrôle mon cheval. Contrôler quoi, 1m90 de fureur folle et compassée. J’obtiens simplement qu’il ne le frappe pas, qu’il s’assure d’abord de tenir son coupable, après quoi nous procéderons à un châtiment exemplaire dans l’arrière-salle de l’atelier malabar/acrylique.

De nouveaux gens sont venus se coller à cette chose moche qui est en train de se passer, tandis que la blonde engueule toujours mon fou, qui incendie le t-shirt azur. Le chevalier blanc, dont le bout le titillait décidément trop, a préféré se retirer en maudissant les hommes et la création, après avoir finalement intégré qu’il n’irait pas patauger dans le cloaque de Mademoiselle Monde.

Nana-Rose Monde qui surveille de loin l’opération gestapo de son amant.

 

Les oiseaux caressent les premières lueurs de l’aube.

 

A un moment… Plusieurs filles sont arrivées. Dont une, pas haute, un peu ronde, toute bouclée. S’est jetée sur le grand dos du fou, l’a martelé, la droite, la gauche, la droite, la gauche…

Très instinctivement, dans ce soir qui n’était plus si bon, Nana-Rose se précipite sur la demoiselle pour la saisir par les mains, lui demander pourquoi, lui intimer le calme. « Tu arrêtes de le frapper ». Lui a, en vérité à peine cillé, trop occupé à haïr le t-shirt azur.

La demoiselle refuse de se calmer. Se jette avec une rage féroce contre le fou, et reprend sa violente logorrhée.

Nana-Rose intervient encore.

Encore.

La demoiselle ne cesse de hurler, puis « Connard !! Espèce de connard !!! Tu m’as baisée et tu t’en fous !!!! », qu’elle lâche en forte, ulcérée.

 

Aouch.

Aouch.

Il l’a baisée.

Il a mis ce qui me comble dans le cloaque d’une autre.

D’elle.

Qui l’insulte et le frappe.

Qui désormais m’attaque quand je souhaite intervenir.

 

Une jolie montée de colère. Rouge. Poudrée. Tu ne le frappes pas. Tu ne me frappes pas quand j’essaye de t’en empêcher. Et ce reptilien… : « ce bout là il est à moi ! »

 

Nana-Rose, petite bourgeoise timorée, hippie has-been et messie autoproclamé de la communication. Nana-Rose chope la demoiselle par les cheveux, sèchement, rabat la tête bouclée face goudron. Je flanque un coup de genou dans les reins de cette pute et je la fais s’allonger sur le sol. Je tiens toujours sèchement ses cheveux, elle ne bouge plus. Face goudron.

 

La main qui tient les cheveux fait choquer la tête et le bitume. « Tu te calmes maintenant ? ».

 

La demoiselle ne bouge plus.

 

Alors Nana-Rose se relève. Se relève avec une nausée, grisée. Horrifiée de sa propre violence, impressionnée d’avoir gagné la bataille. Avant de saisir la touffe d’anglaises, elle a eu peur. Peur de s’en prendre une. Tant et si bien qu’elle a littéralement terrassé la demoiselle. Nana-Rose voudrait vomir de honte. Elle parvient tout juste à se relever. A demander pardon. A se justifier « Il fallait que tu te calmes, tu peux pas le taper comme ça ».

 

Mes excuses me sont réexpédiées à l’horizontale par voie anale. Alors je ne sais plus. Quelques coups. Plein de gens à vouloir la défendre. Tout le monde mate mais personne n’intervient vraiment. Si ce n’est que Nana-Rose est copieusement insultée. Le public penche en faveur de la demoiselle, c’est mauvais pour les sponsors.

Le grand fou s’engueule toujours avec le t-shirt azur. Je voudrais qu’il voit que moi je le crois, que je suis à ses côtés, que je laisserai personne lui faire du mal. La demoiselle est furieuse contre moi. Je suis juste furieuse. Contre elle lorsqu’elle s’empare de ma crinière qu’elle croit devoir prendre pour une perruque. Scalp  - 2 et des plaintes légèrement surjouées pour qu’on vienne récupérer ce truc immonde avec lequel je me débats depuis déjà cinq minutes. On lui fait lâcher prise. Le bout de crinière est toujours en place. Je fonds en larmes. De rage, de désolation.
Nana-Rose est dans une spirale de mocheté. S’est battue avec une autre femelle, pour un mâle. A fait mal à la dite femelle. Nous nous haïssons cordialement sans nous être jamais parlées. Nana-Rose est en larmes.

 

Tout le monde est parti.

 

Une petite fée est venue récupérer Nana-Rose et lui rappeler de respirer. Alors la Nana commence à se calmer. Non elle voit le grand fou en haut de l’allée retenu par quatre personnes, tentant de rattraper le t-shirt azur qui s’enfuit avec sa blonde. Et il hurle. Il faut que j’aille le voir tout de suite « Non dit la fée, calme-toi d’abord ». D’accord. De toute façon le grand fou revient. J’ai beau avoir mal aux cheveux et être désespérée par le constat de tant de misère, il a beau être totalement furieux et insaisissable, je suis contente qu’il soit là. Parce qu’il est revenu pour moi. Et qu’à cet instant précis, tout ce que je suis c’est pour lui.

 

Moult palabres et conversations animées. Moult allers-retours « je m’en vais comme une princesse/je reviens comme une loque ».

 

On ne peut pas parler de cet accident de baise avec la frisée parce qu’il est trop furieux, il veut venger l’intimité de son boudoir, il veut pourfendre celui qui l’a violé. Il ne peut pas calmer les petites angoisses puériles et égocentriques de la nana rouge vif.

La nana rouge vif le comprend. Elle tente de prendre sur elle. Mais quelque part en elle il y a une petite pièce, une toute petite pièce qui a pris un coup. Une petite pièce qui brûle.

 

En mode nique sa mère toujours. Il est 7 heures, je peux rentrer dans ma colline by bus. Mais je suis venue pour le voir. Je ne l’ai pas encore vu. Je vois qu’il est mal, qu’il est furieux, qu’il se sent désolé que la Nana-Rose ait été happée par ce tourbillon de méduses. Je veux rester avec lui s’il est mal. Je peux l’aider.

Finalement il se couche et je me serre contre lui. Secouée régulièrement par des spasmes, par des à-coups. Ceux de son pénis dans le vagin de la demoiselle. Et ça me brûle.

 

Je suis épuisée. J’ai trop pleuré. Je me suis trop divertie.

 

Le lendemain il fait un grand soleil blond. Chauffe mon dos tandis que je marche dans la ville, chauffe ma joue alors que j’attends le bus. Je finis par rentrer. Plus vide que jamais.

 

 

L’avenir de Nana-Rose et de son bel a est, à cet instant précis, fortement compromis. Tant de violence au 6ème rendez-vous, la décence voudrait que l’on stoppe cette relation.

 

Je suis inquiète pour lui. Je suis inquiète pour moi, dans lui et moi. Je suis inquiète pour moi.

 

Et puis, bordel de chiotte, il me manque.

 

Télégramme.

« Vais bien stop espère que toi aussi stop aurais besoin que tu me dises que tu t’en fous pas de moi même si je te l’ai déjà un peu fait dire ce matin stop mais comprends que tu sois perturbé par tout ce qu’il s’est passé stop

Te souhaite bien du courage stop t’embrasse »

 

Et le grand fou de répondre :

« La demoiselle qui a un nom de plante verte, et un œil au beurre noir aujourd’hui, m’accuse de l’avoir violée. Le roi m’a déjà signifié mon congé. J’ai 24 heures pour disparaître du palais ».

 

D’abord la stupeur. C’est trop incroyable, c’est trop fou, c’est trop divertissant. Certes. Sauf qu’en plus c’est vrai.

Je ne lui ai même pas demandé si c’était vrai ou pas, où si elle avait des raisons de professer ce genre d’accusations, grave. Parce que depuis hier il me dit, que la nana au nom de plante verte il l’a baisée un soir de grande beuverie, que son pote a maté, et qu’elle n’assume pas de s’être faite baisée juste comme ça. Alors quand le mot viol a retenti, c’est immédiatement le scénario pour lequel j’ai opté. Mes coups lui auront donné un peu plus la haine. Puis a surgi le doute. Un doute immonde. Mon bel a serait un violeur ? violeur de cette chose ? Met des drogues dans le verre des filles ? Tout ça pour baiser ça ?

La veille de mon retour dans la contrée…

Et puis violer une meuf qui est dans la même école, vit dans le même dortoir…Il en a des défauts mon fou, mais il n’est pas stupide.

Je crois le connaître. J’adorerais pouvoir dire, avec conviction, que je le connais, que je suis sûre qu’il n’a rien à se reprocher. Que « il n’y a pas de fumée sans feu » est un principe fascisant. Il est doux, infiniment doux, et bien élevé. Mon fou c’est pas un violeur.

 

Soit Nana-Rose le croit en dépit de tout. Envers et contre tous, le soutient, se bat avec lui pour que les pendules soient remises dans l’ordre alphabétique. Soit je me laisse dévorer par ce doute immonde. Je disparais mollement. Et je l’abandonne.

 

Il semble que pour l’instant Nana-Rose, toute sotte et benoite, affiche un soutien inconditionnel à Monsieur Bel A.

Entière, toute entière, prodigue soin conseil et amour en priant qu’il ne la répudie pas, et qu’il ne disparaisse pas.

 

Et son vagin brûlant, toujours plus se serre.

 

 

Bordel de chiotte.

 

Ca y est j’ai une infection urinaire.

 

 

 

 

 

Par Marina Melody
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Lundi 5 octobre 2009 1 05 /10 /Oct /2009 12:38

WHO WANTS TO LIVE FOREVER

 

 

Fin d’été. Nana Rose gare la DS dans l’allée et rentre paisiblement chez elle. « Je suis rentrée » claironne-t-elle en frottant consciencieusement ses pieds sur le paillasson.

Dans le salon la télé marche toute seule, meuble le silence de la pièce…Chips est affalé dans son fauteuil, testicules en éveil. Les cadavres de jeunes bières jonchent la moquette. 

Chips se réveille, lâche un bâillement de lionceau qu’il assortit d’un rot fort déplaisant.

Il porte un vieux T-shirt « Mickey » tout plein de gras.

Un nombril insolent affublé de trois poils frisés demande si on lui a acheté de la bière.

« Bien sûr mon chéri ».

Depuis que Chips a perdu son emploi, il reste à la maison et veille à la tenue du foyer conjugal. Mais Chips ayant lourdement souffert de ce licenciement, il réclame un peu de temps pour « se retourner ». Aussi il tourne et retourne dans le canapé du salon, scotché à la télé, à l’affût du moindre porno. « Je t’ai déjà dit de ne pas mettre cette chaîne quand nous sommes à table » geigne Nana-Rose.

 

Chips rote.

 

Nana-Rose s’enfuit parfois, elle court se réfugier dans le motel près de la route 66, y loue une chambre et s’y enterre des heures.

Alors elle flirte avec une fiole en argent remplie de vieux whisky, alors elle se rappelle qu’avant de connaître Chips elle voulait rétablir la démocratie à Pétaouchnok et apprendre le tricot. Et la fiole d’argent rit parce que Nana Rose n’a jusqu’à présent fait aucune de ces choses.

Alors Nana-Rose rentre à la maison.

Toujours.

Le temps a raison des contraceptifs les plus puissants, et Nana-Rose a une fille.

Chips n’éprouvant que peu d’intérêt pour la gente infantile, la petite fille se reporte toute sur sa mère, celle-ci trop heureuse de trouver du même coup un palliatif efficace à ses carences affectives. La petite fille de Nana-Rose est une enfant boulotte et chocolatée, fort aimable bien que très angoissée, constamment fourrée dans les jupons de sa mÖman.

Un jour Nana-Rose a trente ans. Ce soir-là, Chips ronfle allègrement sur le sofa et le poste de télé joue « l’année des méduses ». La petite chocolat dort profondément, serrant contre elle une poupée à l’effigie de sa sainte mère. Nana-Rose devise discrètement, retirée dans la cuisine, en compagnie de sa douce fiole.

Puis, face au miroir, elle lève des yeux froids.

 Son regard s’arrête péniblement.

Sur la quantité de kilos joules perdus en feuilles d’impôt, de fiches de remboursement, d’arrêts maladie et de carnets de correspondance

Sur la quantité de graisse qui désormais s’agglutine sur son cul devenu une gélatine géante.

Sur la raideur des cernes qui creusent son visage.

Soudain lui apparaît le fantôme de ses vingt ans. Une jeune fille sauvage qui l’interpelle avec insolence, qui lui demande ce qu’il est advenu de ce feu qui désormais n’est plus.

 

Alors Nana-Rose s’enfuit.

Elle rencontre un producteur qui s’en amourache, et devient une star du funk.

Son nom est scandé à travers le monde, ses apparitions font hurler les midinettes et cracher les midinets, élevée grande icône de la musique et de l’opium.

 

Nana Rose est soudainement arrachée à sa torpeur.

It’s 10 p.m et Chips veut tirer un coup.

 

 

Fin d’après-midi. Une puanteur verte plaquée sur les carreaux d’une salle de bains. Une baignoire sale, une eau stagnante.

Des mouches s’entêtent autour de la tête noire de Nana-Rose Monde qui gît-là les yeux blancs, la peau rongée par l’eau froide.

Le room service se désole ; à dix minutes près il avait fini son service.

 

 

Même joueur

Joue

Encore

 

JOKE=NO BIG DEAL

 

 

 

Arrête mais arrête !!

Laisse moi partir je te dis

Et elle détale comme si elle avait la mort aux trousses, déjà trop pressée pour appeler au secours, de toute façon cela ne servirait à rien, à rien…il y a cette grande et grosse chauve qui avance à la manière d’un rouleau de kosaks,  cette grande bouche sans dent qui la suit et semble vouloir lui parler.

Laisse moi tranquille je te dis, va-t-en

La femme est pourtant toujours là, avance toujours aussi lentement, bien qu’invraisemblablement sur les talons de la jeune fille qui court. Sa bouche se tord maintenant en une vilaine expression ; ou plutôt un « oh » profond…mais que veut-elle cette femme s’interrogent les porteurs de petit four alentours

Subitement la tension devient telle que l’on flirte ouvertement avec la grande crise de panique

Un serveur balance son plateau de petits fours et arrache violemment sa veste.

Personne ne comprend exactement pourquoi mais le stress est palpable.

Dans l’assistance on s’évanouit de peur. Alors la jeune fille se met à hurler à la mort comme un vieux  loup et s’abandonne aux pieds de la femme, toujours derrière elle. Hagarde, elle destine toujours sa bouche vide et ovale à la jeune fille désormais prostrée. Lentement elle se penche vers l’enfant tétanisée, elle déroule une grande main d’un long bras déplié, étend ses doigts maigres et jaunes, et attrape le canapé de salsifis.

Elle a toujours adoré les salsifis.

Quand elle était jeune déjà elle aimait beaucoup ça, et ce goût prononcé pour les salsifis et tant d autres légumes plus ou moins saugrenus lui valut bien des boutades

A quoi aurait elle préféré une énorme tranche de viande saignante ??

A une cuisante poêlée de salsifis

Les boutades se firent plus âpres le temps passant. Lorsque force d’habitude corrompit les lois de l’évolution. Lorsque bientôt l’on ne put plus mâcher un bout de pain ou croquer un blanc de poulet sans y perdre une quenotte. Les choses sont ainsi faites et rares sont les dîners au cours desquels vous sont exclusivement servis batavia de choux de Bruxelles sur canapé de brocolis ; aussi sème-t-on ses dents au « tout va » de la nuit. Et aujourd’hui gît-on sans dent à l’affût du moindre salsifis.

Ses cheveux elle les avait perdu il y a longtemps. En place publique, on avait brûlé toute la cime de son crâne. « Bien fait pour ta sale petite gueule de femme adultérine » lui avait craché le prêtre…non, ça c’était elle qui l’avait dit avant que le tisonnier n’enflamme son cuir chevelu, ça lui avait permis de se sentir méritoire et d’endurer un « juste » châtiment avec plus de classe ; mais en vérité, on l’accusait de sorcellerie. Paraîtrait-il qu un gentilhomme de la province s’est transformé en porc. Paraîtrait-il qu elle n y est pas pour rien.

Et aujourd’hui elle erre et atterre.

Elle a une dégaine incontournable qui fait peur dans les soirées. Elle a perdu ses pouvoirs avec ses cheveux.

Elle a perdu celui de se faire lever les hommes en devenant chauve. Elle a aussi perdu celui de les faire tomber en devenant chauve.

 L’absence de dents, elle, n’a jamais été trop gênante.

 

Sa calvitie c’est la vérole d’une Merteuil.

 

 

 

 

« Anathème.. » soufflent-ils, serpents qui sifflent au dessus de nos têtes, sistentialistes frustrés qui aiment nous susurrer que l’on a tort…

Laissez moi, je ne veux plus

Laissez moi allez vous en

Nana-Rose Monde allume la télé ; il est 3h47 et il fait une chaleur étouffante, sommeil introuvable et nuit invivable.

La petite boîte se met en marche, le lieu où les choses se passent, et partout des petites fenêtres dans lesquelles des petites marionnettes, des étiquettes, des couleurs vives à grands renforts d’annonces publicitaires, des prêches diaboliques qui mêlent semi-vérités et lugubres mensonges

« Vous êtes en train de rêver, rien de tout cela n est vrai »

La petite fille se débat dans son peignoir

Elle voudrait bien éteindre mais elle a peu regardé la télé aujourd’hui et son organisme est en manque, aussi sa main ne lui obéit-elle pas lorsque Nana-Rose tente d’accéder à la télécommande.

« Anathème » sourit le petit garçon dans la publicité

« Anathème » se désole la star de série Z sur le cadavre de son amant

            « Anathème » promet le président        

« Anathème » jouit le monsieur tout nu dans le film

 

Zénobie s’est enfin endormie. Et Nana-Rose peut éteindre le poste de télévision. Elle quitte le sofa et passe en revue devant le miroir. Son crâne rose reflète une lumière étrange. Sa bouche vide la rend ectoplasmique. Elle lâche un profond soupir qui appelle le whisky. Elle met un disque et récupère la bouteille sous son lit. La bouteille du cowboy, celle que l’on garde toujours au cas où. Il a tout de même souvent fallu réapprovisionner la réserve « au cas où » ces derniers temps. « Oui mais c’est parce que cette année a été difficile » tente-t-elle d’articuler.

Nana-Rose se love dans le chesterfield et entreprend de communiquer avec sa bouteille chérie. Une blonde vient célébrer leur union tandis que Louis Armstrong houingre en fond.

Le parquet vient soudain grincer froidement. Comme si quelqu’un avait marché. Un pas, puis un autre se font entendre distinctement. Nana se crispe et s’enroule autour de sa bouteille vide. Les pas se rapprochent rapidement et la maison grince toujours plus. Soudain la porte vole en éclats et une ombre noire se jette sur elle. Tout va très vite. Il frappe dans la poitrine, une fois, une autre ; Nana se retourne en hurlant, essaye de s’échapper vers la fenêtre, peut-être appeler au secours, mais l’ombre tape dans le dos, sa lame est froide et coupe le souffle de  Nana qui s’arrête net, hoquetant. Toute sa vie durant c’est ainsi qu’elle se l’était imaginée. Une mauvaise chance cruelle qui viendrait frapper un soir, sans prévenir. Nana-Rose Monde ne pensait mourir que comme ça, tragiquement mais sans raison. Elle sourit en pensant qu’elle l’avait toujours su. Elle sourit allongée sur le parquet, toisant le plafond, une bouche rouge sans dents qui grimace de contentement. Mais sur elle pas de sang. Ici pas d’ombre noire. Juste un lambeau d’être humain, imbibé d’alcool. Un cerveau noyé et des yeux qui ne voient plus. Lentement elle s’endort, bercée par les vapeurs de whisky. Toujours elle sourit. Avoir vomi ne l’a pas réveillée. Au bout de quelques minutes on ne l’entend plus ronfler.

 

Plusieurs jours passent.

 

La gerbe s’est figée sur la face de Nana-Rose dont le sourire agonisant a laissé place à un affreux rictus. Parfois sa tête se renverse sous les coups des chats qui se disputent les beaux morceaux.

 

C’est un « Happy End ».

 Nana-Rose Monde est morte heureuse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

EPILOGUE

 

 

Quelques semaines après le décès de Nana-Rose Monde l’on trouva dans ses affaires son journal intime. Il nous a semblé opportun d’en reproduire ici deux extraits, avec la vénale autorisation de la mère de la défunte, Mme Consuela Monde. L’essentiel de la prose de feu Nana-Rose Monde consiste en une vaste logorrhée papillonnante dont nous vous épargnerons le détail. Nonobstant deux passages ont retenu notre attention : le premier parce qu’il étaye un épisode de sa vie dont il est fait mention ici ; le second parce qu’il exhale comme un parfum d’oraison funèbre, synthétisant le propos naïf de la pétaouchnokienne trépassée, et résonnant dans nos  têtes comme un testament, murmuré par une Nana-Rose Monde face à son propre tombeau.

 

 

 

 

 

 

1er extrait :

« Porc ! Porc ! Repousser mes assauts, me tourner le dos quand je lui fais l’honneur de m’intéresser à son petit sort, porc ! Porc ! Mais pour qui se prend-il celui là, il m’apprivoise, il me donne le goût de sa peau, il étend son emprise charnelle sur moi et paf ! m’abandonne prétextant que mOssieur préfère fuir les relations compliquées…Il n’a pas osé sacrifier la bienséance à la volupté de mes baisers !!! Quelle insulte !! Parce que moi, à son petit avis de bourgeois étriqué, moi, et mon cul, ne valons la peine de braver les interdits et de se donner un peu de peine !!! Porc ! Porc !! Petit être qui a peur d’être libre !!! Déjà que mOssieur était en petite forme ces derniers temps,  déjà que je ne jouissais que peu dernièrement, déjà que j’étais assez bonne pour m’en foutre et continuer à lustrer le ridicule petit dard de mOssieur, et qu’ensuite quand je le répudie je m’affole aussitôt et, prompte à jouer la comédie de l’amour, lui jure érotisme et sensualité ad vitam eternam, alors lui me snobe, me moque, et m’insulte !! Ah mais quelle fière allure porciiiiiine !!!

Un porc oui, c’est exactement cela, un porc ! Un vilain gros porc !!!….eparrei… »

 

 

 

 

 

2nd extrait :

« Trop bu trop bu !! Je bois tellement trop !!! Le problème est que ça se voit en fait, Mère a toujours beaucoup bu mais elle sait le faire avec classe et distinction, en tout cas tant qu’elle est en société. Je parle trop, tellement trop !!!

[…]

Oublier. C’est la clé. Boire, se droguer, et oublier qu’on est si petits, qu’on sert tellement à rien, pas même à nous-même. Oublier que tout le monde ment, tout le temps, que tout ment tout le temps, que même le temps ment !!Maman !!!J’aurais du être pianiste, la torpeur de la mélodie, l’ivresse de la musique, ça m’aurait peut-être sauvée des opiacées…Et sinon comment cracher son fiel à la face de l’humanité ?? On ne peut pas le faire franchement, parce que rien n’est vrai, parce que les gens ne comprendraient pas…alors écrire, peindre, chanter et s’envoler, se choisir un autre destin, se purger de toute cette bile existentielle !!! C’est un mensonge…ce ne serait que mentir…oh oui mais quel délicieux mensonge, voluptueux (NB : On note ici que Nana-Rose Monde semble particulièrement affectionner ce terme) mensonge, me permettrait de vivre sans avoir la constante impression de mourir…Et moi qui ne suis pas artiste, comment vais-je faire, quel mensonge, quel illusoire anti-destin me suis-je trouvée ? Le whisky, l’opium et le sexe. Pourquoi Maman, pourquoi… ??!! Dans mon malheur j’ai de la chance, je suis née riche et j’ai de quoi m’offrir ces palliatifs à ma douleur. Et les autres ?? Souhaitons-leur des trésors d’imagination !!!!

[…]

 

Aimez toujours conserver au bas de votre lit une fiole remplie de whisky, au cas où un anthropophage, un plagiat de mari, un usurier, un Prévan, un administrateur, une mère ou un psychopathe outillé arriverait, au cas où il serait extrêmement urgent et nécessaire de se trouver quelques paradis, même artificiels. »

Par Marina Melody
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Lundi 5 octobre 2009 1 05 /10 /Oct /2009 12:37

  The Great Gig in the Sky :

 

 

Des accords clairs sur un piano,

Des nuages qui murmurent,

Je n’ai pas peur de mourir…

 

 

Elle va hurler,

Un cri de chair et de cordes,

Un cor de femme posé dans le grand ciel.

Elle va hurler,

Une seule fois,

Ecoute…

 

 

Quand Nana Rose se rêve

Elle est un orgasme brûlant,

Un éclat de rire surhumain,

 

Un hyménée céleste…

 

 

Quand Nana se voit en grand,

Elle mue comme un beau serpent.

 

Une cantatrice aux cheveux longs,

Une furie divine,

Un souffle unique et puissant

Qui appelle dans le lointain.

 

 

 

Quand Nana-Rose se rêve

Toujours le songe se brise,

L’Univers toujours se dérobe.

 

Lentement elle revient s échouer sur le sable

Et quand l’aube vient,

Elle revêt une peau neuve,

Et parfois, elle pleure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MOVIE STAR :

 

« aannnd ACTION !! … »

 

« Mademoiselle Monde Bonsoir »

« Bonsoir.. »

« Vous êtes ici ce soir car vous sortez un livre, un reprise assez osée des « Fables de La Fontaine », et ce qui est diinnngue c’est que vous innovez tant linguistiquement parlant que littérairement »

« Oui oh écoutez vous me flattez…mais c est vrai que mon bouquin est dingue »

«Ce livre est un peu l’étendard de la civilisation occidentale, je veux dire de ce combat pour la démocratie et les libertés »

 «Comme dans « l’étendard sanglant »?» s interroge le co-animateur, sarcastique

« Non vous confondez » glousse la potiche

Le grand rabbin s’interdit : « l’étendard de la chrétienté, celui de la pensée unique »

Lord Bullington tape du poing sur la table « Monsieur les chrétiens n’ont pas le monopole du dogme »

Le grand rabbin, confus, se signe.

 

Le vieux monsieur essaie de reprendre mais le présentateur l’en empêche, balance un vieux son des seventies. Et les gens continuent d’applaudir.

Nana-Rose esquisse un sourire jaune et très bancal tandis que le présentateur cherche ses yeux.

« Bref » tousse-t-il

C est la première fois qu’on l’invite pour parler de son livre, elle est arrivée très stressée, un peu camée…a revêtu une perruque afro orange, une robe en sky rose et de longues chaussettes blanches…

 

« Professeur Von Lifschtickz merci de nous avoir rejoint…alors Professeur, parlez-nous de votre essai « De la reproduction des anguilles et des oursins»… »

 

On ne parlera plus de son livre, c’est fini. Il va maintenant falloir se livrer au jeu de la comédie humaine mais attablés, filmés et observés par des milliards de personnes qui vivotent scotchées à leur poste de télé. Et il va falloir épater la galerie…Nana-Rose se sent un peu mal à l’aise et décide de dégrafer légèrement sa robe.

A présent que son décolleté baille très avantageusement en direction du co-animateur, celui-ci a désormais complètement arrêté de parler…il observe les seins roses de la nana, la bouche de plus en plus pendante. On distingue maintenant une petite pointe de bave qui point à l’extrémité de sa langue. Il enfonce lourdement sa main dans sa poche.

 

 

 

 

Le caméraman change de champ.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

HER BAK POIS CHICHE

 

Mesdames et Messieurs…

Madame Monde.

 

Une comtesse folle shootée au Prozac, une coquette déchue, les yeux cartonnés de mascara, le sourcil obstinément froncé, les ongles longs et rouges.

Les « glinglingling » de sa quincaillerie qui exhalent chacun de ses gestes, comme un grand châle.

Elle roule les R avec exagération, comme un rossignol occitan.

Odeur de sueur vaporeuse qui suinte de son cou blanc.

 

Elle reprend un Xanax et finit son verre de whisky.

S’empare d’un godemiché rose bonbon et part se soulager dans la salle de bain.

Elle a du renvoyer tous ses éphèbes récemment, faute de moyens, et sa fille lui offre de quoi se consoler…

 

Arthur h surtripe en fond, l’air est pourpre, enfumé,

On entend Madame Monde gronder dans la salle de bains

 

Nana-Rose allume un shilom et étend confortablement ses pieds sur le Chesterfield…

La femme revient, haletante mais à peine décoiffée, pose le géant de plastique sur la table basse

« Ce truc est divin » lâche-t-elle en s affalant sur une montagne de coussins, « passe moi le shilom »…

 

années 70…

Une basse, une jeune fille qui soupire, un fou qui surtripe…

 

Nana-Rose effectue de gros ronds de fumée en lâchant des « oh » profonds tandis que Madame Monde se répand de plus en plus sur la montagne de coussins, la panse enflée, le regard torve…elle lâche un pet sonore, se gratte bruyamment la tête, puis se lève…prestement elle retourne vers la salle de bains, en ressort cinq minutes plus tard vêtue d’un tailleur très élégant, un décolleté profond, un foulard délicatement noué à son cou.

Elle papillonne du regard et s’empare de son sac a main, en sort un flacon, avale quelques pilules et engloutit une énième gorgée de whisky.

Elle se redresse, ramène un peu vivement ses cheveux en arrière, et annonce « Ma fille j’ai fort à faire, je pars, adieu »

 

« Au revoir mère »

 

Madame Monde a disparu et Arthur H se bat à présent avec Chronos, son père. « Il faut absolument qu’il gagne » pense Nana-Rose, « je ne peux pas perdre mon temps à me presser ».

 

Elle a envie qu’on la baise. Elle a envie de rester là, affalée sur ce canapé, à se mettre la tête. Les paradis artificiels, encore eux… « Toujours » savoure-t-elle…

Un shilom, un raï de coke, un verre de whisky et dix minutes plus tard, Cassius arrive, accourant à l’appel de la damoiselle esseulée.

Il est accompagné de deux hommes. L’un, très âgé, effraye un peu Nana Rose, non pas en raison de son âge très avancé, mais plutôt parce qu’il est borgne… vacuité odieuse qui lui crache à la face…le second doit avoir l’âge de la nana, une beauté caricaturale d’esthète imberbe bodybuildé ; de très jolies fesses au demeurant qui plaisent tout de suite à l’intéressée. Cassius, quant à lui, est égal à lui-même : rose bonbon, en plastique, magnifique.

Ils la baisèrent tous les trois, l’un après l’autre. D’abord le bodybuildé qui était tant excité que sa vilaine bite cracha sur sa cuisse rose à peine dévêtue. Le vieux la ramona très longtemps, péniblement ; et durant ces longues minutes Nana-Rose ne pouvait se détourner de cet œil crevé qui lorgnait son âme.

Cassius baisa la nana comme il en avait l’habitude. Après l’avoir léchée longtemps, il la pénétra, la plaça au dessus de lui et attendit qu’elle se suffise à elle-même.

« Merci » lui souffla-t-elle dans le cou… « L’argent est sur la table »…

 

Madame Monde était maintenant partie depuis deux heures. Nana-Rose végétait dans le canapé, les fesses collées au cuir, les cuisses encore ruisselantes.

Elle fuma une cigarette en se caressant le pubis, tandis qu’à la radio on roucoulait « je t aime mon amour ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

GARDEN PARTY

 

 

 

Une petite fille cachée dans une peau d’ours.

Nana-Rose investit les lieux. Un bal costumé au standing très élevé mais aux allures jaunies, une ambiance « années 80 sur le retour ». Un orchestre kitch à souhait, en suspension sur des trépieds.

Beaucoup de petits fours.

Beaucoup de petits fours.

Et du mousseux.

 « Les soirées de l’ambassadeur sont un délice »miaule une cocotte. Le serveur se déplace au gré de la foule, le plateau à la main. Les mains aux fesses se promènent, les coups de dent se perdent. Frédéric François pleurniche en fond.

Un type au regard bleu s’avance vers Nana-Rose, deux verres à la main. A ce moment Madame Bronkurvik lui saisit le bras. « Mademoiselle Monde quel plaisiiir de vous trouver ici on vous voit si peu, remarquez je vous comprends avec votre livre qui ne se vend pas…permettez moi de vous présenter mon mari, Monsieur Br.. » ; Nana-Rose ne relève pas, constate simplement que le type au regard bleu a disparu. Elle se saisit de la coupe de champagne du Monsieur Br. qu’elle boit d’un trait. Elle tente une fuite mais Madame Bronkurvik est déjà sévèrement incrustée, lui narrant le détail des tribulations sentimentales de la Grande Baronne et de son palefrenier. Nana-Rose engloutit une deuxième coupe. Ses yeux s’allument lorsqu’elle aperçoit au loin un ami, dandy frisottant, qui d’un signe de la main la ravit aux cancans de la mégère.

 

            Portable à l’oreille, Frédéric François quitte soudain la scène, laissant les musiciens livrés à eux-mêmes. Celui que l’on présume être le leader abandonne alors son synthétiseur et, pourvu d’une baguette, invite ses camarades à accorder leurs instruments. La garden party fait place à un bal populaire, champêtre et bon enfant. Les souffles magiques des accordéons brisent l’air et tous les invités, guillerets, se mettent à danser. « Quel ennui » pense Nana Rose en suivant le dandy à l’autre bout du jardin. « Regarde les se dandiner, une vraie basse cour ». Les gens continuent de danser, ils forment une masse incompressible de remuants et de rampants qui oscillent d’un bout à l’autre de la piste. Ils ont tous le même sourire, la même expression de quiétude.

            « Je crois qu’on est en train de rater quelque chose en fait » ricane le dandy. Frédéric François, portable en main, est prêt à reprendre le micro. Alors les gens rejoignent peu à peu leurs tables tandis que la musique ralentit, de plus en plus, jusqu’à ce que le dernier souffle d’accordéon vienne se perdre sur les lèvres de Nana-Rose.

 

« Nettoyez moi cette bouche vilaine fille ».

Madame Monde est là, elle aussi. D’un revers de la main Nana-Rose essuie la lèvre coupable et saisit timidement une nouvelle coupe de champagne. Le dandy n’a d’yeux que pour le cou blanc de la dame, qui déjà se rapproche dangereusement du jeune homme.

Nana-Rose part rejoindre le reste du troupeau au centre du jardin, près de la piste dorée où s’égrènent encore quelques couples déjà ivres. Elle cherche des yeux le type au regard bleu. Mais elle sent un bras se glisser sur ses hanches et une main lourde se poser sur sa fesse.

« Bonsoir Monsieur l’Ambassadeur » murmure-t-elle, faussement timorée.

« Bonsoir chère Mademoiselle Monde…que devenez-vous ? »

« J’essaye de vendre mon livre et de survivre à toutes ces mondanités »

« Ah Mademoiselle Monde » tonne-t-il crescendo, « Vous êtes si délicieuse »… et de ronronner «Et,  j’en parlais justement avec Mc Morning, notre attaché culturel, mais comme une telle fraîcheur se doit d’être reconnue, que diriez vous de partir quelques temps dans nos colonies, en Jazugo, afin d’y vanter les mérites de notre grande culture et de représenter ce qui fait la fleur et la fierté de notre belle et chère civilisation pétaouchnokienne ? »

 

Il ne s’agissait pas seulement du babillage d’un vieil ivrogne. C’était une vraie proposition. Et Nana-Rose en fut enchantée ; sauta au cou du vieux bonhomme ravi qui en profita pour balader ses mains lourdes. Mais la jeune fille s’en fichait, elle était tellement heureuse de pouvoir partir un peu loin, et pour parler de culture, de littérature, de son livre, d’elle… « Ca y est, l’Univers me réclame… »

 

 

 

 

 

 

A son arrivée à Jazugo City, elle jeta pompeusement quelques dollars à la figure du jeune autochtone qui avait porté ses valises. Elle en fit de même avec le chauffeur de taxi, le capitaine de bateau et le guide de montagne. Le pisteur était encore à terre à ramasser ses pièces lorsque Nana-Rose entra dans Jazugo, contrée sauvage et exubérante. Un grand lac turquoise, une vaste forêt verte qui court sur des hectares. Des cabanes sous les arbres. Et la musique qui tape, claque, râpe, glisse, gronde, piaille, coule. « Heureusement, j’ai amené mes Boules Quiès » songea Nana-Rose.

 

Il y avait de la musique en permanence. Les habitants de Jazugo étaient de grands mélomanes. Leurs harmonies résonnaient largement dans la grande forêt, comme un murmure incessant. Les vieux racontaient que la forêt elle-même chantait doucement la nuit venue. Nana-Rose s’accoutuma rapidement de ce flot de notes que transpirait la terre et se défit de ses Boules Quiès. Elle aimait écouter la nuit, les étoiles chatoyantes qui illuminaient le ciel, la haute cime des arbres qui chuchotait, et toujours cette musique qui dégoulinait le long des arbres. Elle se plut rapidement à Jazugo, trop empreinte de manières vulgaires pour pouvoir imprimer à ces « sous-hommes » la marque de la civilisation. Nana-Rose Monde était littéralement une jeune fille facile. De fait, elle s’adapta facilement. Et si leurs mœurs demeuraient diaboliquement rustres aux yeux de la demoiselle, ces gens-là avaient quelque chose de plaisant. Par exemple, ils ne s’offusquèrent pas plus que nécessaire lorsque Nana-Rose Monde se coinça le sceptre sacré de Jazugo dans le vagin. Bien que le vieux chef regrettât amèrement de retrouver l’objet encore chaud et  humide, il lui expliqua que la « masturbation » était quelque chose de très naturel et de très sain. Il n’en fallait pas plus à Nana-Rose qui dès lors se mit à révérer l’ensemble de la philosophie promue par les Jazuguéens. Aussi se plut-elle à simplement jouir des instants passés parmi eux ; à lézarder au soleil tel un sucre dans de l’eau, faire de la musique comme on la fait dans Jazugo…

 

Un jour elle interroge le vieux chef, « Et pour quand le grand ciel ? »…Il lui donne une étoile, une écorce de plante, d’une verdeur grasse et caoutchouteuse, et il lui dit « Mange, tu trouveras ton grand ciel… »

Nana-Rose avale péniblement et lance un regard un peu inquiet au vieil homme, qui rit.

 Autour du grand feu les gens se sont rassemblés, et au son des tambours ils martèlent la terre. Ils déplacent beaucoup de poussières, des nuées de graines de terre qui viennent étouffer la lumière. Nana-Rose rentre en transe et les cuivres reprennent de plus belle. Les gens dansent, jettent leurs bras et leurs jambes, balancent leurs corps. Ils tapent toujours la terre. La forêt souffle puissamment. Le vieux chef éclate de rire tandis que Nana-Rose convulse.

 

« Eparrei » chuchote la forêt.

 

Nana-Rose s’envole… 

 

« Eparrei !Eparrei ! »

 

« Epa heie oya » chantent les Jazuguéens

 

Nana-Rose est partie.

Dans son voyage elle rejoint les étoiles puis dépasse la forêt, suit les cours d’eau, drague la lune.

Elle revoit sa vieille chenille aux conseils malavisés.

Elle revoit feu le baron aux fruits rouges, elle entend Madame Monde grogner…elle revoit le dandy frisottant se perdre dans son cou blanc…

Et puis soudain elle croise deux grands ovales bleus qui la figent. La jeune fille hurle à la mort. Et les gens continuent de danser.

Elle s’effondre.

 Le vieux s’approche et dévoile deux trous dans son cou blanc: «  Ca l’a mordue ».

 

 

 

 

Au réveil Nana-Rose est sonnée, plusieurs jours se sont écoulés et la moiteur de sa tente est devenue insupportable. Elle passe la main sur son cou en frissonnant et sort de son hamac.

 C’est le crépuscule. La lune rouge vient cajoler l’horizon des montagnes. Nana-Rose contemple gravement ce lever de lune, cette sphère imparfaite qui, peu à peu, se dresse insolemment. Le ciel est noir. Alors Nana-Rose est prise d’une violente convulsion. Roulée en boule sur le sol de sa tente, sa respiration devient souffle bestial, aspiration rauque.

 Il lui semble qu’elle change.

Elle sent brûler en elle une vivante violence qui la précipite au dehors de sa tente. Elle se rue dans la forêt. Elle se sent une force nouvelle, toute en puissance. Une fois à quatre pattes, elle court si vite qu’elle croit communier avec les éléments, elle entend la lune rousse qui l’appelle, et s’élance en hurlant vers le lointain qui la réclame.

Soudain elle ressent une pointe froide dans la poitrine, et en tombant elle aperçoit le canon d’un fusil.

Le sang se répand rapidement sur la terre. Nana-Rose est déjà bleue et respire lentement, le regard vide. Elle grogne. Elle sent une larme rouler sur sa joue, se faire un chemin entre les poils qui disparaissent et la peau neuve qui se reforme.

Le missionnaire tire une dernière balle et se retire.

 

 

Même joueur

Joue

Encore.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Marina Melody
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