The Great Gig in the Sky :
Des accords clairs sur un piano,
Des nuages qui murmurent,
Je n’ai pas peur de mourir…
Elle va hurler,
Un cri de chair et de cordes,
Un cor de femme posé dans le grand ciel.
Elle va hurler,
Une seule fois,
Ecoute…
Quand Nana Rose se rêve
Elle est un orgasme brûlant,
Un éclat de rire surhumain,
Un hyménée céleste…
Quand Nana se voit en grand,
Elle mue comme un beau serpent.
Une cantatrice aux cheveux longs,
Une furie divine,
Un souffle unique et puissant
Qui appelle dans le lointain.
Quand Nana-Rose se rêve
Toujours le songe se brise,
L’Univers toujours se dérobe.
Lentement elle revient s échouer sur le sable
Et quand l’aube vient,
Elle revêt une peau neuve,
Et parfois, elle pleure.
MOVIE
STAR :
« aannnd ACTION !! … »
« Mademoiselle Monde Bonsoir »
« Bonsoir.. »
« Vous êtes ici ce soir car vous sortez un livre, un reprise assez osée des « Fables de La Fontaine », et ce qui
est diinnngue c’est que vous innovez tant linguistiquement parlant que littérairement »
« Oui oh écoutez vous me flattez…mais c est vrai que mon bouquin est dingue »
«Ce livre est un peu l’étendard de la civilisation occidentale, je veux dire de ce combat pour la démocratie et les
libertés »
«Comme dans « l’étendard sanglant »?» s interroge le co-animateur,
sarcastique
« Non vous confondez » glousse la potiche
Le grand rabbin s’interdit : « l’étendard de la chrétienté, celui de la pensée unique »
Lord Bullington tape du poing sur la table « Monsieur les chrétiens n’ont pas le monopole du dogme »
Le grand rabbin, confus, se signe.
Le vieux monsieur essaie de reprendre mais le présentateur l’en empêche, balance un vieux son des seventies. Et les gens
continuent d’applaudir.
Nana-Rose esquisse un sourire jaune et très bancal tandis que le présentateur cherche ses yeux.
« Bref » tousse-t-il
C est la première fois qu’on l’invite pour parler de son livre, elle est arrivée très stressée, un peu camée…a revêtu une perruque
afro orange, une robe en sky rose et de longues chaussettes blanches…
« Professeur Von Lifschtickz merci de nous avoir rejoint…alors Professeur, parlez-nous de votre essai « De la
reproduction des anguilles et des oursins»… »
On ne parlera plus de son livre, c’est fini. Il va maintenant falloir se livrer au jeu de la comédie humaine mais attablés, filmés
et observés par des milliards de personnes qui vivotent scotchées à leur poste de télé. Et il va falloir épater la galerie…Nana-Rose se sent un peu mal à l’aise et décide de dégrafer légèrement
sa robe.
A présent que son décolleté baille très avantageusement en direction du co-animateur, celui-ci a désormais complètement arrêté de
parler…il observe les seins roses de la nana, la bouche de plus en plus pendante. On distingue maintenant une petite pointe de bave qui point à l’extrémité de sa langue. Il enfonce lourdement sa
main dans sa poche.
Le caméraman change de champ.
HER BAK POIS CHICHE
Mesdames et Messieurs…
Madame Monde.
Une comtesse folle shootée au Prozac, une coquette déchue, les yeux cartonnés de mascara, le sourcil obstinément froncé, les
ongles longs et rouges.
Les « glinglingling » de sa quincaillerie qui exhalent chacun de ses gestes, comme un grand châle.
Elle roule les R avec exagération, comme un rossignol occitan.
Odeur de sueur vaporeuse qui suinte de son cou blanc.
Elle reprend un Xanax et finit son verre de whisky.
S’empare d’un godemiché rose bonbon et part se soulager dans la salle de bain.
Elle a du renvoyer tous ses éphèbes récemment, faute de moyens, et sa fille lui offre de quoi se consoler…
Arthur h surtripe en fond, l’air est pourpre, enfumé,
On entend Madame Monde gronder dans la salle de bains
Nana-Rose allume un shilom et étend confortablement ses pieds sur le Chesterfield…
La femme revient, haletante mais à peine décoiffée, pose le géant de plastique sur la table basse
« Ce truc est divin » lâche-t-elle en s affalant sur une montagne de coussins, « passe moi le
shilom »…
années 70…
Une basse, une jeune fille qui soupire, un fou qui surtripe…
Nana-Rose effectue de gros ronds de fumée en lâchant des « oh » profonds tandis que Madame Monde se répand de plus en
plus sur la montagne de coussins, la panse enflée, le regard torve…elle lâche un pet sonore, se gratte bruyamment la tête, puis se lève…prestement elle retourne vers la salle de bains, en ressort
cinq minutes plus tard vêtue d’un tailleur très élégant, un décolleté profond, un foulard délicatement noué à son cou.
Elle papillonne du regard et s’empare de son sac a main, en sort un flacon, avale quelques pilules et engloutit une énième gorgée
de whisky.
Elle se redresse, ramène un peu vivement ses cheveux en arrière, et annonce « Ma fille j’ai fort à faire, je pars,
adieu »
« Au revoir mère »
Madame Monde a disparu et Arthur H se bat à présent avec Chronos, son père. « Il faut absolument qu’il gagne » pense
Nana-Rose, « je ne peux pas perdre mon temps à me presser ».
Elle a envie qu’on la baise. Elle a envie de rester là, affalée sur ce canapé, à se mettre la tête. Les paradis artificiels,
encore eux… « Toujours » savoure-t-elle…
Un shilom, un raï de coke, un verre de whisky et dix minutes plus tard, Cassius arrive, accourant à l’appel de la damoiselle
esseulée.
Il est accompagné de deux hommes. L’un, très âgé, effraye un peu Nana Rose, non pas en raison de son âge très avancé, mais plutôt
parce qu’il est borgne… vacuité odieuse qui lui crache à la face…le second doit avoir l’âge de la nana, une beauté caricaturale d’esthète imberbe bodybuildé ; de très jolies fesses au
demeurant qui plaisent tout de suite à l’intéressée. Cassius, quant à lui, est égal à lui-même : rose bonbon, en plastique, magnifique.
Ils la baisèrent tous les trois, l’un après l’autre. D’abord le bodybuildé qui était tant excité que sa vilaine bite cracha sur sa
cuisse rose à peine dévêtue. Le vieux la ramona très longtemps, péniblement ; et durant ces longues minutes Nana-Rose ne pouvait se détourner de cet œil crevé qui lorgnait son
âme.
Cassius baisa la nana comme il en avait l’habitude. Après l’avoir léchée longtemps, il la pénétra, la plaça au dessus de lui et
attendit qu’elle se suffise à elle-même.
« Merci » lui souffla-t-elle dans le cou… « L’argent est sur la table »…
Madame Monde était maintenant partie depuis deux heures. Nana-Rose végétait dans le canapé, les fesses collées au cuir, les
cuisses encore ruisselantes.
Elle fuma une cigarette en se caressant le pubis, tandis qu’à la radio on roucoulait « je t aime mon
amour ».
GARDEN PARTY
Une petite fille cachée dans une peau d’ours.
Nana-Rose investit les lieux. Un bal costumé au standing très élevé mais aux allures jaunies, une ambiance « années 80 sur le
retour ». Un orchestre kitch à souhait, en suspension sur des trépieds.
Beaucoup de petits fours.
Beaucoup de petits fours.
Et du mousseux.
« Les soirées de l’ambassadeur sont un délice »miaule une
cocotte. Le serveur se déplace au gré de la foule, le plateau à la main. Les mains aux fesses se promènent, les coups de dent se perdent. Frédéric François pleurniche en fond.
Un type au regard bleu s’avance vers Nana-Rose, deux verres à la main. A ce moment Madame Bronkurvik lui saisit le bras.
« Mademoiselle Monde quel plaisiiir de vous trouver ici on vous voit si peu, remarquez je vous comprends avec votre livre qui ne se vend pas…permettez moi de vous présenter mon mari,
Monsieur Br.. » ; Nana-Rose ne relève pas, constate simplement que le type au regard bleu a disparu. Elle se saisit de la coupe de champagne du Monsieur Br. qu’elle boit d’un trait.
Elle tente une fuite mais Madame Bronkurvik est déjà sévèrement incrustée, lui narrant le détail des tribulations sentimentales de la Grande Baronne et de son palefrenier. Nana-Rose engloutit une
deuxième coupe. Ses yeux s’allument lorsqu’elle aperçoit au loin un ami, dandy frisottant, qui d’un signe de la main la ravit aux cancans de la mégère.
Portable à
l’oreille, Frédéric François quitte soudain la scène, laissant les musiciens livrés à eux-mêmes. Celui que l’on présume être le leader abandonne alors son synthétiseur et, pourvu d’une baguette,
invite ses camarades à accorder leurs instruments. La garden party fait place à un bal populaire, champêtre et bon enfant. Les souffles magiques des accordéons brisent l’air et tous les invités,
guillerets, se mettent à danser. « Quel ennui » pense Nana Rose en suivant le dandy à l’autre bout du jardin. « Regarde les se dandiner, une vraie basse cour ». Les gens
continuent de danser, ils forment une masse incompressible de remuants et de rampants qui oscillent d’un bout à l’autre de la piste. Ils ont tous le même sourire, la même expression de
quiétude.
« Je crois qu’on est en train de rater quelque chose en fait » ricane le dandy. Frédéric
François, portable en main, est prêt à reprendre le micro. Alors les gens rejoignent peu à peu leurs tables tandis que la musique ralentit, de plus en plus, jusqu’à ce que le dernier souffle
d’accordéon vienne se perdre sur les lèvres de Nana-Rose.
« Nettoyez moi cette bouche vilaine fille ».
Madame Monde est là, elle aussi. D’un revers de la main Nana-Rose essuie la lèvre coupable et saisit timidement une nouvelle coupe de
champagne. Le dandy n’a d’yeux que pour le cou blanc de la dame, qui déjà se rapproche dangereusement du jeune homme.
Nana-Rose part rejoindre le reste du troupeau au centre du jardin, près de la piste dorée où s’égrènent encore quelques couples déjà
ivres. Elle cherche des yeux le type au regard bleu. Mais elle sent un bras se glisser sur ses hanches et une main lourde se poser sur sa fesse.
« Bonsoir Monsieur l’Ambassadeur » murmure-t-elle, faussement timorée.
« Bonsoir chère Mademoiselle Monde…que devenez-vous ? »
« J’essaye de vendre mon livre et de survivre à toutes ces mondanités »
« Ah Mademoiselle Monde » tonne-t-il crescendo, « Vous êtes si délicieuse »… et de ronronner «Et, j’en
parlais justement avec Mc Morning, notre attaché culturel, mais comme une telle fraîcheur se doit d’être reconnue, que diriez vous de partir quelques temps dans nos colonies, en Jazugo, afin d’y
vanter les mérites de notre grande culture et de représenter ce qui fait la fleur et la fierté de notre belle et chère civilisation pétaouchnokienne ? »
Il ne s’agissait pas seulement du babillage d’un vieil ivrogne. C’était une vraie proposition. Et Nana-Rose en fut enchantée ;
sauta au cou du vieux bonhomme ravi qui en profita pour balader ses mains lourdes. Mais la jeune fille s’en fichait, elle était tellement heureuse de pouvoir partir un peu loin, et pour parler de
culture, de littérature, de son livre, d’elle… « Ca y est, l’Univers me réclame… »
A son arrivée à Jazugo City, elle jeta pompeusement quelques dollars à la figure du jeune autochtone qui avait porté ses valises. Elle
en fit de même avec le chauffeur de taxi, le capitaine de bateau et le guide de montagne. Le pisteur était encore à terre à ramasser ses pièces lorsque Nana-Rose entra dans Jazugo, contrée
sauvage et exubérante. Un grand lac turquoise, une vaste forêt verte qui court sur des hectares. Des cabanes sous les arbres. Et la musique qui tape, claque, râpe, glisse, gronde, piaille, coule.
« Heureusement, j’ai amené mes Boules Quiès » songea Nana-Rose.
Il y avait de la musique en permanence. Les habitants de Jazugo étaient de grands mélomanes. Leurs harmonies résonnaient largement
dans la grande forêt, comme un murmure incessant. Les vieux racontaient que la forêt elle-même chantait doucement la nuit venue. Nana-Rose s’accoutuma rapidement de ce flot de notes que
transpirait la terre et se défit de ses Boules Quiès. Elle aimait écouter la nuit, les étoiles chatoyantes qui illuminaient le ciel, la haute cime des arbres qui chuchotait, et toujours cette
musique qui dégoulinait le long des arbres. Elle se plut rapidement à Jazugo, trop empreinte de manières vulgaires pour pouvoir imprimer à ces « sous-hommes » la marque de la
civilisation. Nana-Rose Monde était littéralement une jeune fille facile. De fait, elle s’adapta facilement. Et si leurs mœurs demeuraient diaboliquement rustres aux yeux de la demoiselle, ces
gens-là avaient quelque chose de plaisant. Par exemple, ils ne s’offusquèrent pas plus que nécessaire lorsque Nana-Rose Monde se coinça le sceptre sacré de Jazugo dans le vagin. Bien que le vieux
chef regrettât amèrement de retrouver l’objet encore chaud et humide, il lui expliqua que la « masturbation » était quelque chose de très
naturel et de très sain. Il n’en fallait pas plus à Nana-Rose qui dès lors se mit à révérer l’ensemble de la philosophie promue par les Jazuguéens. Aussi se plut-elle à simplement jouir des
instants passés parmi eux ; à lézarder au soleil tel un sucre dans de l’eau, faire de la musique comme on la fait dans Jazugo…
Un jour elle interroge le vieux chef, « Et pour quand le grand ciel ? »…Il lui donne une étoile, une écorce de plante,
d’une verdeur grasse et caoutchouteuse, et il lui dit « Mange, tu trouveras ton grand ciel… »
Nana-Rose avale péniblement et lance un regard un peu inquiet au vieil homme, qui rit.
Autour du grand feu les gens se sont rassemblés, et au son des tambours
ils martèlent la terre. Ils déplacent beaucoup de poussières, des nuées de graines de terre qui viennent étouffer la lumière. Nana-Rose rentre en transe et les cuivres reprennent de plus belle.
Les gens dansent, jettent leurs bras et leurs jambes, balancent leurs corps. Ils tapent toujours la terre. La forêt souffle puissamment. Le vieux chef éclate de rire tandis que Nana-Rose
convulse.
« Eparrei » chuchote la forêt.
Nana-Rose s’envole…
« Eparrei !Eparrei ! »
« Epa heie oya » chantent les Jazuguéens
Nana-Rose est partie.
Dans son voyage elle rejoint les étoiles puis dépasse la forêt, suit les cours d’eau, drague la lune.
Elle revoit sa vieille chenille aux conseils malavisés.
Elle revoit feu le baron aux fruits rouges, elle entend Madame Monde grogner…elle revoit le dandy frisottant se perdre dans son cou
blanc…
Et puis soudain elle croise deux grands ovales bleus qui la figent. La jeune fille hurle à la mort. Et les gens continuent de
danser.
Elle s’effondre.
Le vieux s’approche et dévoile deux trous dans son cou blanc: «
Ca l’a mordue ».
Au réveil Nana-Rose est sonnée, plusieurs jours se sont écoulés et la moiteur de sa tente est devenue insupportable. Elle passe la
main sur son cou en frissonnant et sort de son hamac.
C’est le crépuscule. La lune rouge vient cajoler l’horizon des montagnes.
Nana-Rose contemple gravement ce lever de lune, cette sphère imparfaite qui, peu à peu, se dresse insolemment. Le ciel est noir. Alors Nana-Rose est prise d’une violente convulsion. Roulée en
boule sur le sol de sa tente, sa respiration devient souffle bestial, aspiration rauque.
Il lui semble qu’elle change.
Elle sent brûler en elle une vivante violence qui la précipite au dehors de sa tente. Elle se rue dans la forêt. Elle se sent une
force nouvelle, toute en puissance. Une fois à quatre pattes, elle court si vite qu’elle croit communier avec les éléments, elle entend la lune rousse qui l’appelle, et s’élance en hurlant vers
le lointain qui la réclame.
Soudain elle ressent une pointe froide dans la poitrine, et en tombant elle aperçoit le canon d’un fusil.
Le sang se répand rapidement sur la terre. Nana-Rose est déjà bleue et respire lentement, le regard vide. Elle grogne. Elle sent une
larme rouler sur sa joue, se faire un chemin entre les poils qui disparaissent et la peau neuve qui se reforme.
Le missionnaire tire une dernière balle et se retire.
Même joueur
Joue
Encore.